
Philosophie
L’éco phénoménologique énactive
Je pense que l’une des plus grandes causes de la crise écologique actuelle est l’état d’aliénation personnelle par rapport à la Nature, dans lequel vivent de nombreux individus; ce qui nous fait défaut c’est un sens étendu de l’intimité avec le vivant.
Robert Pyle 1978 L’extinction de l’expérience

Avec l’écophénoménologie, nous ne sommes pas un esprit séparé de la nature mais un corps-coeur-esprit, un corps médial engagé pleinement dans la Nature (Hesse, 2023) et interagissant avec elle. Née de la rencontre entre la phénoménologie de la perception de Merleau-Ponty et de l’écosophie d’Arne Næsse, l’écophénoménologie établit que l’expérience sensible (vue ouïe toucher) est la source de toute relation. En liant la phénoménologie aux préoccupations écologiques, nous faisons appel à l’expérience « énactive » au sens de l’incorporation corporelle de l’esprit (Varela, 1993). Par notre expérience sensible (psychoaffective et sensorimotrice) émerge des connaissances et des transformations de notre être-au-monde. De ce corps vivant, vibrant en soi et hors de soi, une éthique de la cohabitation s’installe où l’on cultive une diplomatie fine avec ses propres affects et ceux des autres êtres vivants (Morizot 2020). On retrouve ainsi le principe de l’écologie de l’esprit de Bateson (1996) qui relie l’individu et son environnement, l’écosensibilité de Morin qui relie conscience et sensibilité, le principe d’émergence soi-monde de Varela (2027), et la pensée de Coquidé (2015) qui aborde une approche écologique du vivant comme une relation visant à accroître les apprentissages du lien avec celui-ci. L’approche éco phénoménologique du vivant abordée dans nos activités de recherche et de formation est formative et éducative en ceci qu’elle permet l’émergence de notre autoformation relationnelle (Morais, 2026).
Avant d’être moi-même, avant d’être une identité narrative et personnelle (avec ses intérêts, ses croyances, ses dispositions, ses projets, etc.), je suis mon corps. Je suis un être sentant, vivant, existant et je le suis grâce à mon corps. Gérald Hesse
Sources
- Bateson, G. (1996). Une unité sacrée. Quelques pas de plus vers une écologie de l’esprit. Paris : Éditions du Seuil.
- Boelen, V. (2020) « Réflexion sur une approche holistique d’éducation au vivant intégrant la dimension spirituelle du sujet », Éducation relative à l’environnement [En ligne], Volume 15 – 2 | 2020, mis en ligne le 15 novembre http://journals.openedition.org/ere/5667 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ere.5667
- dell’Angelo, M., Bernard, MC., Simard, C. et de Montgolfier, S. (dir.). (2015). SHS Web of Conferences “La ‘vie’ et le ‘vivant’ : de nouveaux défis à relever dans l’éducation”, 21.
- Heidegger, M. (1962). Being and Time. Oxford : Blackwell.
- Latour B. (2017), Où atterir ? Comment s’orienter en politique, Paris, La Découverte.
- Morin, E. (1999). Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur. Paris : UNESCO.
- Morizot, B. (2020). Manières d’être vivant. Enquête sur la vie à travers nous. Actes Sud.
- Næss, A. (2008). Écologie, communauté et style de vie. Paris : Éditions MF
- Pineau, G. (2023). Genèse de l’écoformation. Du préfixe éco au vert paradigme de formation avec les environnements. L’Harmattan.
- Rosa, H. (2018). Résonance : une sociologie de la relation au monde. La Découverte.
- Sauvé, L. (2005). Globalisation, résistance et résilience : Défis pour l’éducation relative à l’environnement. Dans M.P. Joigneault et coll. (dir.)., Éducation à l’environnement. La revue POUR (éditée par le GREP – Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective), 187, 67-75.
- Coquidé, M. (2015). Se sentir vivant. Dans M. dell’Angelo, M.-C. Bernard, S. de Montgolfier et C.Simard (dir.), La « vie » et le « vivant » : De nouveaux défis à relever dans l’éducation. SHS Web of Conferences, 21, 1-12.
